Dec 15, 2017

# agression sexuelle # Bobigny

Georges Tron : le récit glaçant de l'une des plaignantes

Martin Lemaire 
GEORGES TRON - L'ancien secrétaire d'Etat est jugé pour viols et agressions sexuelles en réunion. Le procès, dont la demande de renvoi a été rejetée ce vendredi, est parsemé de récits équivoques et très détaillés...

Georges Tron, maire de Draveil (Essonne) depuis 22 ans, comparait jusqu'au 22 décembre devant la cour d'assises du tribunal de grande instance de Bobigny. Deux anciennes employées de la mairie de cette ville du sud de Paris l'accusent de viols et d'agressions sexuelles. Ce vendredi 15 décembre, les avocats de Georges Tron ont effectué une demande de renvoi du procès, affirmant que "la sérénité des débats n'est plus". Maitres Antoine Vey et Eric Dupond-Moretti fustigent la diffusion d'un reportage diffusé sur France 2 ce jeudi soir, consacré à l'affaire. Leur demande a été rejetée.

Hier, le procès s'est vu enrichi par le témoignage d'Eva Loubrieu, l'une des deux plaignantes avec Virginie Faux. Des propos d'une forte intensité, relatés avec colère et émotion par la prétendue victime. Après avoir indiqué son accord à l'époque pour entamer relation intime avec Georges Tron lors de leur rencontre en 2007, Eva Loubrieu a fait savoir qu'elle ne pensait pas "c'était juste sexuel". "Je me suis trompée. Je me rends compte que je n'étais pas une personne spéciale pour lui", complète-elle dans des propos relayés par France Inter. 

"Une poupée de chiffon prête à subir les viols de M. Tron"

C'est à partir de là que la relation entre le maire de Draveil et celle qui fut embauchée pour "relancer l'activité culturelle" de la ville aurait complètement dérapé. Et précisément lors d'un déjeuner, auquel prend part Brigitte Gruel, ancienne adjointe à la culture et supérieure directe de Mme Loubrieu, jugée pour les même faits que Georges Tron. "Je me suis retrouvée avec un pied massé par Georges Tron, l'autre par Brigitte Gruel. A la fin de ce déjeuner, nous allons dans le bureau du maire", raconte-t-elle. "Jamais je n'aurais imaginé ça. La mise en scène se met en place. M. Tron se met entre nous deux. Il me demande de ne pas bouger, de fermer les yeux. Je suis là, enfermée dans ce bureau. Je me trouve en position de subir les viols de M. Tron et Mme Gruel. J'étais une poupée de chiffon, c'est lui qui dirigeait ma main, pour caresser Brigitte", a-t-elle poursuivi, avant de préciser qu'elle aurait été forcée à boire. 'Ils m'ont fait boire à chaque fois. Et j'ai bu, parce que c'était tellement insupportable, qu'il fallait boire pour supporter". 
Georges Tron aurait menacé Eva Loubrieu : "Demain, votre fils est à la Dass"

Les conséquences qu'Eva Loubrieu raconte ensuite sont terribles. Dépression, licenciement, hospitalisation... Elle aurait même, selon ses dires, été menacée par Georges Tron pour garder le silence sur ses agissements. "Vous n'imaginez pas le pouvoir que j'ai : demain, votre fils est à la Dass !", lui aurait-il dit pour la dissuader de parler. Les faits seraient étalés de 2007 à 2010. Virginie Faux, la seconde femme qui accuse Georges Tron des mêmes sévices, avait indiqué avoir rencontré l'homme politique en 2008 lors de la campagne des municipales. Lors d'un rendez-vous, elle rapporte que la conversation a tourné autour de la réflexologie et que Georges Tron a eu un comportement étonnant : "Il s'est levé, a attrapé mon pied et enlevé ma bottine. J'étais surprise de tant de familiarité".

Mmes Loubrieu et Faux ne travaillent plus à la mairie de Draveil. Mais les séquelles de ces agressions présumées sont tenaces, à en croire leurs avocats. "Ma cliente a parfaitement perdu sa vie : elle n'a plus de travail, plus de mari", affirme à L'Express Maître Vincent Ollivier, qui défend les intérêts de Virginie Faux. Selon l'hebdomadaire, celle qui avait obtenu un CDD d'un an à la mairie serait partie se réfugier loin de Draveil : elle vivrait dans le sud de la France. Son ancienne collègue connaîtrait des maux similaires. L'avocat d'Eva Loubrieu fait état de la "lourde dépression" de sa cliente, qui n'aurait jamais repris le travail depuis qu'elle a quitté son poste à la médiathèque de Draveil.
Procès de Georges Tron : une audience difficile à mener

Eva Loubrieu et Virginie Faux avaient saisi la justice en 2011. S'en était suivi un non-lieu en 2013, proclamé par les juges d'instruction d'Evry avant qu'un an plus tard, en 2014, la cour d'appel de Paris ne renvoie le dossier devant la cour d'assises. "Là, je me suis retrouvée face à une justice longue, difficile. Vous êtes mis sur le banc des accusés, il faut que vous prouviez par tous les moyens que vous avez été victime. Ma parole a été remise en question constamment, et rarement la sienne", racontait Eva Loubrieu à Europe 1. "Aujourd'hui, je souhaite enfin que ma parole soit entendue et que les personnes concernées soient jugées pour leurs actes", ajoutait-elle.

Le procès, qui a débuté le 12 décembre, serait difficile à mener selon les journalistes présents sur place. Le Monde parle d'un "procès poisseux". En cause notamment, l'interrogatoire du président Régis de Jorna, jugé impartial. Voici une partie du dialogue entre l'une des plaignantes et le président, retranscrit par Marie Barbier, journaliste à L'Humanité. "Vous portiez une culotte ? Un string ? Des collants ? Je suis désolé de vous poser ces questions, mais il faut qu'on comprenne... Donc il a baissé votre culotte ? Allons-y ! - J'avais une culotte noire et des bas. - Vous dites ensuite que M. Tron a introduit des doigts dans votre sexe... - Il a mis un doigt, pas plusieurs. Il a caressé mon sexe à travers la culotte, puis il écarté les lèvres... - Oui, bon, il a mis un doigt dans votre vagin". Un élément a également troublé les témoins de ce procès : lors du second interrogatoire, Régis de Jorna s'est contenté de lire la plainte, sans prendre le temps de laisser s'exprimer la plaignante interrogée. 
Albane Tron, la femme de Georges Tron, a cru à une "blague"

Invité à évoquer son ressenti sur l'affaire lors de la première session d'audience ce mardi, Georges Tron a d'abord eu un mot pour ses proches en général. "Ma famille, mes amis, mes adjoints et mes administrés ont fait bloc. Nous avons vécu ça comme une épreuve collective. Il y a eu des moments particulièrement durs. Ma fille passait le bac le jour où j'étais en garde à vue", a-t-il déclaré avant que sa femme, avec qui il est marié depuis 35 ans, ne soit appelée à s'exprimer en fin d'audience. "Quand il [Georges Tron] m'a parlé de cette affaire, je n'en ai pas cru un mot. J'ai même eu un petit sourire, je croyais que c'était une blague. Mon mari est assez bel homme, il a toujours eu du succès. Il n'a pas besoin de violer des femmes pour séduire", a affirmé Albane Tron, présidente de la Société des amis du patrimoine draveillois. La femme de Georges Tron, avec qui elle a eu trois filles, a assuré être consciente des agissement extraconjugaux de son mari.
Georges Tron : qui est le maire de Draveil ?

Né le 1er août 1957 à Neuilly-sur-Seine, Georges Tron est issu d'une famille aisée. Titulaire d'une maîtrise de droit public, il devient en 1982 chargé de mission au Conseil de Paris où il côtoie Jacques Chirac, Édouard Balladur et Roger Romani. Edouard Balladur, nommé ministre des finances en 1986, choisit alors Georges Tron comme chef de cabinet. En 1989, il est élu conseiller municipal de la ville d'Amiens. Membre de la garde rapprochée d'Édouard Balladur, il est son conseiller lorsque celui-ci devient Premier ministre, sous la présidence de François Mitterrand, en 1993.

La même année, il devient président de l'Union des jeunes pour le progrès et s'investit dans la politique du département de l'Essonne, élu député de la 9ème circonscription. En 1995, c'est Georges Tron qui organise la campagne présidentielle de son mentor, Édouard Balladur. Il est élu par ailleurs maire UMP de Draveil. En 2003, il obtient le fauteuil de président de la communauté d'agglomération Sénart Val de Seine. Malgré d'étroites relations avec Dominique de Villepin, Georges Tron soutient la campagne de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2007.

En 2010, il est nommé secrétaire d'État chargé de la Fonction publique au sein des 2ème et 3ème gouvernements Fillon, défendant la réforme des retraites avec Eric Woerth, ministre du Travail, de la solidarité et de la fonction publique. Il démissionnera de son poste en mai 2011 suite aux accusations d'Eva Loubrieu et de Virginie Faux. Il retrouvera son siège de député à l'Assemblée nationale en juin 2011, où il est membre du groupe d'étude sur le problème du Tibet, pour le perdre un an plus tard lors des élections législatives de 2012. Malgré cette affaire, il est réélu à la mairie de Draveil en 2014 et gagne les élections départementales dans son canton en 2015.

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